Quel est le rôle d’un directeur d’école de commerce ?

Diplômée de l’EM Strasbourg, promo 2015, j’ai appris il y a quelques semaines que ma directrice d’école, Isabelle Barth, n’a pas été réélue à son poste. Cette nouvelle m’a pas mal secouée et m’a permis de m’interroger sur le rôle qu’a un directeur d’école de commerce pour ses étudiants.

L’incarnation des valeurs

En 2012, j’ai passé le concours Passerelle 2 pour entrer en école de commerce. Au-delà de la préparation aux entretiens de personnalité, j’ai surtout appris par cœur les valeurs de chaque école. C’est un peu une tradition et la question des valeurs tombe presque à chaque entretien.

Pourquoi des valeurs en école de commerce ?

Le marché de l’enseignement supérieur en Grandes Ecoles est hautement concurrentiel. Les écoles proposent souvent des formations similaires, ou du moins elles le paraissent aux yeux candidat qui débarque dans cet univers complexe. Pour faire la différence, apporter une dimension plus empathique à l’image de l’établissement et montrer qu’il a plus à offrir qu’une simple formation, chaque école fonde son discours autours de valeurs. Ces valeurs sont parfois des mots lancés en l’air, vendus aux candidats mais peu repris dans les cursus des étudiants. Mais à l’EM Strasbourg, elles ont vocation a faire partie intégrante de l’enseignement. Elles sont l’objet d’événements dédiés qui permettent de mieux comprendre ce qu’elle veulent dire dans le monde de l’entreprise.

A quoi servent-elles ?

Les valeurs sont pour l’étudiant une sorte de promesse morale : l’école formera un manager responsable, conscient des enjeux auxquels les entreprises font face sur le long terme. C’est une dimension très complexe à aborder puisque propre à chacun. Il est très difficile de faire adhérer quelqu’un à ses valeurs. Il existe pourtant plusieurs méthodes.

Une valeur, on peut l’expliquer de biens des façons (conférences, films, tables rondes, livres), mais le moyen de plus sûr de l’inculquer en remportant l’adhésion des étudiants est de toute simplement montrer l’exemple.

En cela, l’école en tant qu’institution remplit bien son rôle. Au sein de l’EM, j’ai toujours ressenti que les actions de l’école étaient en accord avec ses valeurs d’éthique, de diversité et de développement durable. Mais plus important encore, j’ai toujours ressenti que la directrice de l’école les incarnait. Dans les décisions qu’elle a prises pendant que j’y étais, ou du moins dans celles qui m’ont concernée en tant qu’étudiante, j’ai toujours eu le sentiment d’une grande cohérence entre les discours et les actions.

La cohérence du directeur d’école avec les valeurs de l’institution qu’il représente

Un directeur d’école de commerce, comme tout directeur en fin de compte, est un peu le maestro de l’organisation, celui qui donne un cap et un tempo à toutes les équipes. Comme tout leader, obtenir de respect de ses équipes passe par une cohérence entre le discours et les actes. Il a également un rôle de représentation de l’école à l’extérieur. Le directeur d’école de commerce et l’école qu’il dirige sont indissociables aux yeux du grand public. A ce titre, l’adéquation des valeurs du directeur avec les valeurs de l’école est nécessaire au maintient d’une image cohérente.

Dans le cas qui nous intéresse ici, cette cohérence a toujours existé. Si bien qu’a l’annonce du non maintient d’Isabelle Barth à la tête de l’EM Strasbourg Business School, bon nombre d’étudiants se sont soulevés sur les réseaux sociaux contre cette décision, moi y compris. Le fait d’avoir porté si haut les valeurs de l’école a lié Isabelle Barth à l’EM dans les esprits de ses étudiants. L’annonce de sa non-réélection nous a paru injuste puisque c’était comme nous enlever ce qui fonde notre école. Une réaction à chaud qui n’a pas manqué de faire réagir les médias d’ailleurs.

Dissocier un directeur d’école de commerce de son école, à fortiori quand les valeur de l’école son pleinement incarnées par ce directeur, c’est prendre le risque de d’ébrécher la cohérence de l’image de l’école.

 

Isabelle Barth

L’exemple

Isabelle Barth m’a permis de comprendre qu’on pouvait concilier vie personnelle et personnelle, en réussissant dans les deux domaines. Je m’explique.

Le monde de l’entreprise et à fortiori du management est truffé de préjugés sur les femmes et leur rôle dans les organisations. En tant que jeune femme, jeune étudiante, on m’avait dit que tout était possible, que je pouvais accéder au “dream job”, me réaliser à la fois sur le plan personnel et sur le plan professionnel. Pour autant, personne ne m’avait vraiment montré la voie. C’est par son exemple que j’ai compris que l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle n’était pas un vain mot, mais bien une réalité. Une réalité certes rare et toujours éphémère – on bascule toujours plus d’un côté ou de l’autre, mais qui peut s’accomplir.

Isabelle à la fois mère de 6 enfants, chercheuse à l’université, et (désormais ex) directrice d’une Grande Ecole de Commerce. Elle publie régulièrement des ouvrages de fond sur le management, dont le remarqué “La Manager et le Philosophe : Femmes et hommes dans l’entreprise : les nouveaux défis” qui lie management et philosophie (on s’en est douté). On lui a même décerné la légion d’honneur.

De mon point de vue, elle est la preuve que la condition de femme dans le business n’est pas un frein à la réussite sur tous les plans, mais bien un atout. J’aurai toujours un profond respect pour le travail qu’elle a accompli à l’école, mais surtout pour le modèle de réussite qu’elle incarne pour de nombreux étudiants.

 

Isabelle, merci pour tout et à très bientôt dans des nouvelles aventures.

 

 

Retrouvez ci-dessous les derniers ouvrages d’Isabelle Barth, que je recommande fortement :

2 thoughts on “Quel est le rôle d’un directeur d’école de commerce ?”

  1. Vous avez parfaitement raison , madame. L’assemblage ( comme l’assemblage des grands vins ) entre ces deux vies ( pro et perso ) est très complexe et semé d’embûches. L’une d’elle , et non la moindre , est la jalousie de l’entourage qu’on baptise lâchement compétition. Je ne connais pas assez Mme Barth mais il est classique dans le monde professionnel , et en particulier dans le public , d’assister à ce genre d’évènement : les humains ne supportent pas ce qui sort de l’ordinaire ! Et chez nous cela est exacerbé par notre culture d’un enseignement public très collectiviste – pour ne pas dire communisant- où il y a très peu de place pour l’extra-ordinaire . Le summum de ce principe de la pensée unique se concentre à l’ENA avec les dégâts que l’on constate aujourd’hui , avec la “promotion Voltaire” par exemple. L’exemple du Chef , charismatique, volontaire , exemplaire au boulot comme chez lui, n’était-ce pas Charles De Gaulle ? qui s’est entouré de personnes tout aussi remarquables ( Malraux , Poniatowski , Debré , …) . Dommage pour Mme Barth et si votre description où perce l’émotion , est réaliste – je n’en doute pas – c’est une connerie de plus qui vient d’être décidée ici-bas. Amen !

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    • Quel commentaire ! Merci de votre contribution à ce débat qui, je le pense aussi, risque de durer encore longtemps.

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