Discours pour l’enterrement de Papi

Portrait de Michel Courvoisier, janvier 2018.
Michel Courvoisier

On a tous ici connu mon grand-père sous différents angles, dans différentes circonstances. Je voudrais aujourd’hui vous parler de notre Papi. 

Papi, c’était :

  • Les quartiers de pommes coupés devant un match de foot, sur un plateau télé jaune avec des miettes et des croûtes de comté, à des heures où les enfants devraient être au lit.
  • Les radis qui piquent. L’histoire retiendra qu’il ne faut pas les faire pousser trop près du persil.
  • Des heures d’anecdotes sur Montbéliard, qui durent du plat principal du déjeuner jusqu’à l’heure du goûter.
  • Les pieges à guêpes sur la terrasse, terrifiants mais utiles quand on a la bonne recette.
  • Cette coupe de cheveux en brosse, iconique.
  • Les négociations pour essayer de caser une courgette de 5 kilos, cueillie un peu trop tard.
  • Des récits de voyages BP dans le monde, du Mexique à Bali.
  • L’odeur de poulet qu’on plume dans la cuisine.
  • La cancoillotte maison, qui n’a jamais fait long feu.
  • Les oeufs frais, les poules, les pigeons, les lapins, les Saint-Bernard évidemment, et puis les agneaux, pintades et même un paon.
  • Se faire rouspiller pour avoir martyrisé le jardin a coup de sécateur pour faire une cabane.
  • L’odeur de fioul.
  • Les kiwis, trop de kiwis.
  • Une profusion de souvenirs détaillés et précis sur l’histoire de la ville. Avec Mamie, ils étaient capables de dire quelle fille de qui avait épousé quel fils en quelle année, leur métiers, combien ils avaient eu d’enfants, les prénoms et métiers de ces enfants. C’était les pages blanches, en mieux. Et même, le détail des livraisons, les volumes et la période de l’année, ou le type de facturation.

Papi c’était un rire, un sourire, un accueil, et une mémoire à toute épreuve. Il avait un profond respect pour les gens, le travail bien fait, les bêtes et la nature. Il avait des expressions bien à lui, comme “La Mûrie” ou “faire une couennerie”. 

Une des rares fois où ma mère a vu son père pleurer c’était un jour où il n’était pas certain de comment il allait payer ses employés.

Je l’ai toujours vu travailler, travailler au bureau, à l’entreprise, ou travailler la terre. Il avait le sens du travail utile, du travail qui sert, du travail qui fait avancer les choses, celui qui nourrit, celui qui protège.

Aujourd’hui on dit au revoir à un époux, un père, un grand-père, un frère, un oncle, un grand-oncle, un ami, un patron, un collègue, un fournisseur, mais aussi une partie de la mémoire de Montbéliard, une mémoire pleine de souvenirs et d’anecdotes d’une époque où la vie avait un autre rythme.

Michel Courvoisier était mon grand-père maternel, il est né le 19 avril 1929 et est décédé le 29 juin 2020 à l’âge de 91 ans, à son domicile à Montbéliard. J’ai lu ce texte à son enterrement le 3 juillet 2020 en l’église Saint Maimboeuf à Montbéliard.

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